Il y a des artistes qui marquent par la profondeur de leur démarche. Guido Van Helten en fait partie. L’Australien a passé un mois à Boulogne-sur-Mer pour s’imprégner de la ville, la sentir et connecter son art à la cité portuaire. Pour signer trois magnifiques fresques qui enchantent le quartier Saint-Pierre. La première est à découvrir rue de la Marine.
Le concept. Le mot est répété comme un mantra. Toujours calme, un peu rêveur mais surtout très réfléchi, Guido Van Helten a besoin de temps pour laisser parler la pulsion créatrice de l’artiste. Visite de la 11ème édition de la Côte d’Opale fête la mer mais aussi d’entreprises de transformation du poisson ou simplement balade dans les rues et sur la plage, l’artiste a voulu s’imprégner de Boulogne-sur-Mer au plus profond de lui-même avant de laisser parler son talent sur les murs de la ville.
La première fresque est à découvrir rue de la Marine. Un magnifique tableau mêlant foule, quais et bateau d’un autre temps. « Avant de venir à Boulogne, j’ai fait pas mal de recherches sur la ville, son histoire, sa mémoire collective et ses habitants » explique le muraliste. « Je voulais savoir comment les Boulonnais se perçoivent et comment ils se décrivent à travers l’histoire mais aussi dans un contexte contemporain. »


Avant d’arriver sur la Côte d’Opale, l’artiste a pu poser aussi un autre regard sur la ville depuis l’Angleterre. « Je parlais de ma venue ici avec un ami anglais et il m’a répondu « Super, Boulogne est une ville importante pour nous notamment pour le tourisme. Beaucoup s’y déplacent également pour acheter du fromage et boire quelques bières. » Au-delà de cette image, avec la situation actuelle et le Brexit, Boulogne est devenu une frontière. J’ai voulu explorer cette idée. »
Une idée à transformer en histoire. « J’ai voulu concevoir une histoire conceptuelle autour de la ville, l’architecture, le port et l’objectif de comprendre comment les gens se représentent et fêtent la mer. » Guido, muni de son appareil photo, a donc pris le pouls de la Côte d’Opale fête la mer et réalisé ses propres images. Avec sa culture et ses inspirations. « J’aime les cartes postales anciennes avec ces photos de bateaux » continue l’artiste australien. « J’ai pris des images classiques mais je ne voulais pas représenter un cliché. Et puis, m’est revenu à l’esprit une peinture de Manet qui s’appelle « Le départ du vapeur de Folkestone » que le peintre a réalisé en 1869 lors d’un été passé à Boulogne-sur-Mer. Cette image de ferry qui connecte Folkestone et Boulogne avec cette foule il y a plus de 100 ans reprenait l’idée de frontière. Et quand j’ai vu l’une de mes photos prises à la fête de la mer, j’ai retrouvé ce tableau. » Une image contemporaine qui reprend l’histoire, la foule et la connexion transmanche. Le concept est réalisé. Le tableau a composer sur le mur est trouvé. « La présence de ce bateau à vapeur (l’hydrograaf, bateau à vapeur typique des années 1900) avec cette image de foule qui est une photo prise par la municipalité pour se représenter elle-même est une belle coïncidence. A ce moment-là, j’ai eu le même sentiment que devant la peinture de Manet. »

Place maintenant à la réalisation. Avec Guido Van Helten, un simple pinceau suffit. L’artiste agit comme un impressionniste, par petites touches, mais avec peu de couleurs. « L’endroit, le quartier où je réalise un mur, avec ce sentiment de petite communauté, est aussi très important pour moi » insiste le street artiste. « La texture du mur, la couleur des autres bâtiments et le fait que les gens vont se lever tous les matins avec cette fresque sous les yeux est une idée à avoir constamment à l’esprit. » L’Australien a donc joué avec les fenêtres, le béton, la couleur du mur et sa forme pour réaliser une œuvre magnifique.
« Pour aller plus loin dans mon concept, ce serait génial de peindre également un mur à Folkestone, ville jumelée à Boulogne-sur-Mer » s’enthousiasme Guido. « Il y a vraiment quelque chose de spécial autour de la mémoire qui concerne cette connexion entre les deux peuples qui se trouvent des deux côtés de la Manche. Je suis vraiment opposé à l’idée de frontière et de barrière entre ces deux pays. C’est aussi ça, le sens du tableau de Manet. »
Avant un éventuel projet en Angleterre, l’artiste offre deux nouvelles fresques au musée à ciel ouvert boulonnais rue Surcouf.




