Placée à deux pas du lycée Mariette, une magnifique figure de femme est apparue. L’œuvre d’Hannah Lucatelli Santos nous fixe et dégage sérénité, force et mémoire. Une ode à la femme, la mère et la mer.
L’artiste fixe son œuvre longuement. L’œil attentif et à demi satisfait du résultat. « Si je pouvais, je resterai ici un mois pour la peaufiner ». Et puis un sourire apparait. « Plus je la regarde, plus je me retrouve dans ce personnage qui réalise ces poissons en papier. J’ai l’impression que c’est moi qui réalise ce mur. La démarche est la même, l’hommage à la ville, premier port de pêche, le travail manuel et puis ce besoin de transmettre. Mais bon, je ne veux pas trop préciser cette œuvre car j’aimerai que chacun y ressente quelque chose de personnel. »


Là est toute la richesse et la complexité de la démarche artistique d’Hannah Lucatelli Santos. Si l’artiste travaille vite, elle sait aussi prendre le temps de s’imprégner de l’endroit où elle peint pour faire évoluer son art en épousant parfaitement l’espace où il prend place. Une démarche très proche de Guido Van Helten, artiste australien également à l’œuvre rue de la Marine et rue Surcouf. « Je viens de San Paolo au Brésil, une ville un peu intimidante avec beaucoup de monde et beaucoup de bruit tout le temps » confie la jeune muraliste. « Ce n’est pas comme ici (rires). Quand je suis arrivé à Boulogne, je me suis posé pour voir comment les gens vivent, se sentent et ressentent leur ville pour trouver une connexion. »
Voilà pour la première impulsion artistique. Vient alors une philosophie qui anime l’artiste au plus profond d’elle-même. « Ensuite, je souhaitais apporter une figure de femme dans l’espace urbain car, un peu comme à San Paolo, ici, il y a beaucoup de monuments représentant des hommes issus de l’histoire, de la guerre etc… C’est aussi le cas pour les noms des rues. L’histoire des femmes est souvent oubliée. Elle n’est pas racontée dans les livres, ni dans la rue, ni dans les noms des villes ou les monuments. »



Apparait alors ce personnage de femme et ce visage qui nous contemple. « Ce n’est pas le portrait de quelqu’un que je connais. J’ai essayé de rendre ce visage le plus neutre possible, de créer l’image d’une femme qui n’est pas sexualisée, qui n’est pas un « produit », qui n’a pas d’âge. C’est une femme qui se sent libre, ce n’est pas une personne opprimée. J’ai voulu la connecter à l’ensemble des autres femmes. J’ai mixé ça avec ma spiritualité, la culture du Brésil. Quand je réalise un mur, la fresque me représente à 50% tandis que l’autre partie vient de l’endroit où je peins. Ici, j’ai voulu parler de l’océan, cette mer qui est comme une mère pour créer une connexion particulière avec la ville de Boulogne-sur-Mer. »
L’émotion est palpable avec des couleurs qui se fondent parfaitement au quartier. « J’aime comprendre les couleurs de la ville, la texture des murs, l’énergie qui y règne » reprend Hannah Lucatelli. « Je ne veux pas faire quelque chose qui casserai l’espace avec violence. Je ne veux pas apporter quelque chose de superficiel comme un bébé (rire). J’essaye d’apporter quelque chose avec mon cœur qui se connecte à l’énergie de la ville. »



L’emplacement du mur, situé au lycée Mariette est également primordial. « Forcément, c’est important d’être placé à cet endroit. Je suis également une mère. J’ai été aussi un enfant. Tout vient d’ailleurs de là. Quand j’étais petite, voir du Street art a totalement changé mon esprit. J’ai vu des graffitis et d’autres peintures sur les murs et j’ai compris que la rue me parlait. J’étais une part de la rue et la rue était une part de moi. On était connecté. Ce n’était plus un objet, c’était la vie. Ce moment a changé toute ma vie. C’est donc très important pour moi que les enfants puissent voir ce mur. »
Et sur le plan technique, comment a-t-elle procédé ? « Chez moi, pas de technique » sourit Hannah. « Je travaille souvent en noir et blanc ou en sépia. La nouveauté ici est d’apporter des couleurs. J’ai donc essayé de comprendre la palette de la ville. J’ai fait les couleurs par moi-même. Je n’ai pas de technique particulière, j’apprends tous les jours. Pour y parvenir, il faut travailler plus, apprendre et faire différemment en fonction de la météo, du temps que j’ai pour faire mon mur, de l’énergie que j’ai à ce moment-là. Le plus important est d’avoir un message dans son esprit et d’essayer d’avancer. Donc en fait, je n’ai pas vraiment de technique, comme ça, je ne rate rien. »



Une démarche puissante chez cette jeune artiste honorée de faire partie désormais du musée à ciel ouvert boulonnais. « Je connaissais bien sûr le festival car c’est l’un des plus important en Europe » insiste la street artiste brésilienne. « Pour moi, c’est clairement le meilleur avec beaucoup d’artistes dont je suis le travail depuis longtemps. C’est un peu comme le Louvre du Street Art. C’est incroyable de faire partie de ce projet. Les fresques sont de grandes qualités et les techniques utilisées sont incroyables. L’organisation est très professionnelle. Nous avons juste à nous concentrer sur notre peinture. Je comprends maintenant la qualité des œuvres réalisées ici car les artistes n’ont à se soucier de rien d’autre que de leur œuvre. On se sent libre de créer. Tout le monde respecte votre travail, votre process, c’est parfait. »
Un bel hommage pour cette artiste qui laisse à son tour une magnifique œuvre à admirer sans modération rue Beaurepaire.






