Le mur est immense et le défi était complexe. Mais le challenge a été relevé haut la main par l’artiste Wedo. Déjà intervenu lors de deux festivals, le muraliste espagnol signe cette fois une œuvre intime, référence à son histoire, son enfance et sa vie actuelle.


Tout le monde se souvient de cette œuvre apparue en deux jours à l’été 2021 rue de la barrière Saint-Michel. Hommage aux artistes et allégorie de l’importance du pied, cet appui indispensable à toute impulsion dans la vie, la fresque était l’une des premières signées Wedo.
Depuis, la belle histoire entre l’espagnol et le festival n’a cessé de grandir. Après la réalisation d’une maquette de l’hôtel de ville, visible dans le hall de ce lieu symbolique de la vie de la cité, et la création d’une seconde fresque l’été dernier dans le quartier de la gare pour une critique sociale du « tout pour l’apparence » et une référence au jeu du miroir qui renvoie à l’image et l’identité de chacun, Wedo a cette fois relevé un nouveau défi de taille.


Toujours dans le quartier de la gare, rue Ferdinand Buisson, c’est un immense mur qui a pris formes et couleurs sous les coups de pinceau de l’artiste. « J’aime avoir la pression » annonce d’entrée Wedo. « C’est la première fois que je réalise seul un mur aussi haut et aussi grand. C’est un beau challenge réussi. Pour moi, c’est toujours une bonne chose d’être confronté à de nouveaux défis. »
Un défi et un contexte qui ont fortement influencé le choix de l’œuvre réalisé par le muraliste. « Pour cette création, j’ai longtemps hésité entre plusieurs compositions » reprend Wedo. « J’essaye souvent de diffuser des messages forts qui parlent de la société avec un aspect critique comme l’année dernière avec les réseaux sociaux et les filtres instagram qui paraissent embellir les corps. Mais ce mur est particulier de par sa taille, sa position très verticale et sa composition avec pas mal de fenêtres. Dans ce type de situation, il est essentiel de prendre beaucoup de plaisir dans le processus de naissance de l’œuvre. Pour y parvenir, j’ai donc choisi un tableau plus personnel, plus intime. »


Avec l’apparition surprenante de ce lapin muni de cerfs et ce beau visage de femme qui semble contempler de manière bienveillante le quartier. « C’est une image que je voulais peindre absolument » insiste Wedo. « Cet animal bizarre et un peu mystique est la fusion d’un lapin et d’un cerf. C’est une image marquante de mon enfance. Quand j’étais petit, je devais avoir 5 ans et j’écoutais beaucoup de rock avec mon père. Il y avait toujours plein de cd sur la table dont un avec cette image. Mon père l’avait découpé dans un magazine et ajouté à la couverture de l’album. Il y a quelques semaines, je suis retourné chez mes parents pour fêter mon anniversaire et je suis retombé sur cette pochette d’album. Ça a provoqué un vrai déclic. »
Voilà l’explication de la présence de cet animal étrange. « Dans le prolongement de ce souvenir d’enfance que je chéri, j’ai voulu placer ma petite amie, personne centrale dans ma vie actuelle. Au final, il n’y a pas de message caché. C’est une démarche personnelle, une œuvre plaisir qui, je l’espère, fera tout autant plaisir aux habitants. »

Un processus intime qui raisonne avec le feeling de l’artiste désormais fortement lié à la ville de Boulogne-sur-Mer. « C’est la quatrième fois que je viens ici et je me sens comme à la maison » sourit le street artiste. « Les gens sont incroyables. J’ai aussi pu voir l’évolution du festival qui était déjà très professionnel en 2021. Je ne sais pas si c’est possible de s’améliorer tant tout est fait pour le confort des artistes. Vous avez le moindre problème ou la moindre question ? La solution est trouvée dans les cinq minutes. En tant qu’artiste, nous pouvons nous concentrer uniquement sur notre mur. Tout est facile. C’est donc d’autant plus agréable de créer en mettant toute notre énergie dans notre travail. Ça se ressent aussi dans les œuvres incroyables que le public peut découvrir aux quatre coins de la ville. Tous les artistes venus ici ont pu donner le meilleur d’eux-mêmes. »
Tout comme Wedo qui nous offre une magnifique œuvre de plus à admirer rue Ferdinand Buisson.





