Nichée rue Surcouf, l’œuvre de Jorge Charrua surprend et interpelle. Magnifique dans sa composition et sa réalisation, ce jeune homme qui joue aux dominos rappelle les jeux simples dans un monde où le numérique envahit tous les espaces dont celui des loisirs. Une image « normale » aujourd’hui qui pourrait devenir une « curiosité » dans le futur ? Pas si les êtres humains continuent de partager des activités ensemble, dans la rue.
« En tant qu’artiste intervenant dans l’espace public, je me donne pour mission de favoriser la rencontre entre différentes générations et susciter une réflexion sur des enjeux aussi bien intemporels qu’actuels, agissant ainsi comme un trait d’union à travers le temps. » Voilà comment se définit l’artiste Jorge Charrua qui a posé ses pinceaux pour la première fois à Boulogne-sur-Mer pour cette 11ème édition du festival Street Art.


Le muraliste portugais y signe une œuvre très belle, parfaitement dans sa philosophie et sa démarche artistique. « Quand j’ai réfléchi à l’idée que je voulais représenter, j’ai tout de suite pensé au fait que nous vivons actuellement dans l’âge du digital » explique le street artiste. « Une ère nouvelle dont personne ne sait où elle va nous mener. Que vont devenir les traditions ? Vont elles disparaître ? En 2026, nous commençons à comprendre que les supports et activités physiques se font de plus en plus rare. Par exemple, les Blue Ray, qui ne sont pas si vieux, ne sont plus du tout utilisés aujourd’hui. Bientôt, il n’y aura plus de film sur un support matériel. Et cela vaut aussi pour les activités physiques. D’où l’idée de ce jeune qui joue aux dominos et qui apparait en grand dans la rue. Aujourd’hui, nous savons ce qu’il fait. Mais demain, ce jeu paraîtra-t-il « normal » ou cette activité sera vue comme bizarre ? »
Une œuvre qui raisonne aussi avec ce qu’a vécu l’artiste lors de ces quelques jours passés à Boulogne. « Le déclic est venu quand j’ai vu des personnes âgées de 30 – 40 ans jouer à la pétanque. C’était une surprise car, pour moi, seules les personnes âgées pratiquent cette activité. Voir cette scène m’a donné un peu d’espoir. Je me dis que les activités physiques et réels perdureront peut-être et que les gens ne vont pas rester enfermés chez eux mais vont continuer à pratiquer des activités ensemble dehors. Ce mur est donc à sa bonne place. »



Sur le plan technique, pas de spray mais uniquement des coups de pinceau. Avec un bel éloge au sujet du matériel fourni par le festival : « La qualité de la peinture est tellement parfaite que je n’ai pas eu besoin de faire de mélanges pour créer mes couleurs. Je n’ai jamais vu ça » reprend Charrua. Un beau compliment pour un artiste particulièrement heureux et fier de faire partie du musée à ciel ouvert boulonnais. « Je suis le festival depuis de nombreuses années. Beaucoup de mes amis sont déjà passés ici et tous m’ont dit beaucoup de bien de l’organisation. Ce qui a été réalisé en 11 éditions est vraiment impressionnant. Les styles et la qualité des œuvres sont vraiment extraordinaires. Ajouter mon mur à ce festival est une vraie chance pour moi. D’autant que c’est mon premier mur de l’année. Je n’ai travaillé qu’en studio jusqu’à présent. Cela m’a donné de l’espoir et aussi une grande responsabilité pour être à la hauteur de tous ces grands noms déjà passés à Boulogne. C’est un honneur. »
Et un bonheur partagé par les habitants de la rue Surcouf qui peuvent admirer une œuvre d’art tous les jours à deux pas de leur habitation.



Quand j’ai réfléchi à l’idée que je voulais représenter, j’ai pensé tout de suite au fait que nous vivons actuellement dans l’âge du digital. Mais nous ne savons pas où cela va nous mener. Que vont devenir les traditions ? Vont-elles disparaître ? C’est une transition et par définition, les choses du passé vont évoluer. En 2026, nous commençons a comprendre où cela nous mène avec la remise en cause des choses, des éléments physiques. Par exemple, les Blue Ray 2018 vont disparaitre, bientôt il n’y aura plus de film sur un support matériel. Et cela vaut aussi pour les activités physiques. D’où l’idée de ce jeune qui joue au domino et qui apparait dans la rue. Aujourd’hui, nous savons ce qu’il fait. C’est quelque chose de normal et il n’y a rien à en deviner. , il n’y aura rien de bizarre. Mais dans le futur cela paraîtra peut-être bizarre et on se demandera ce qu’il fait. Par exemple, j’ai aussi vu des gens de mon âge joué à la pétanque près du casino. Je pensais que ce jeu était uniquement un jeu d’anciens, de personnes âgées. Et voir des gens de mon âge jouer à ce jeu me donne un peu d’espoir en me disant que les activités physiques et réels perduront et que nous les verrons longtemps encore dans la rue. Les gens ne restent pas chez eux et continue à pratiquer des activités en vrai tous ensemble. Je suis content de voir que mon esprit est à la bonne place.



Sur le plan technique, j’utilise uniquement du pinceau. C’est une situation particulière ici et c’est un compliment. La qualité de la peinture est vraiment parfaite, je n’ai jamais vu ça. J’aime mélanger les couleurs moi-même et créer mes propres couleurs. Et c’est la première fois que je n’ai fait de mélanges auparavant, les couleurs étaient parfaites. Toutes ces choses m’ont parler et m’influence dans mon process de peintre et continueront ensuite en studio sur mes choix comme un dialogue entre le travail en extérieur sur les murs et en studio dans un autre contexte.
Etre présent dans cette rue qui accueille des habitants où les enfants jouent, j’ai voulu garder les activités en extérieur.
Le personnage représente quelqu’un de mon entourage, mais ce qui compte c’est l’action tout le monde peut se connecter à ce mur, s’y reconnaitre ou retrouver ce personnage dans la rue.




