Et de trois pour Oriane Gosset qui réalise son premier mur, seule, après deux participations au festival Street Art, d’abord sur les coffrets électriques en 2018 puis avec Céline Caux sur une œuvre à quatre mains en 2023. Rendez-vous dans le jardin Bucciali pour découvrir une nature qui s’affiche en grand sur les murs et met en avant plantes sauvages souvent méconnues, et oiseaux « totems » qui prennent vie, en bleu, pour le bonheur des riverains et des habitués de ce lieu de détente.



Espace privilégié des enfants fréquentant les bancs de l’école Florian, le jardin Bucciali est un coquet havre de paix niché entre le boulevard Mariette et la rue de Tivoli. Ce lieu, parfois méconnu, s’enrichit d’une nouvelle nature, artistique et originale, à dominante bleu, couleur fétiche de l’artiste Oriane Gosset. « Comme souvent dans mes créations, cela part d’une belle rencontre » confie la muraliste boulonnaise. Cette fois, c’est à quelques pas de là, dans le jardin des Tintelleries qu’Oriane croise le chemin de Mélanie Lavigne, paysagiste. « Ça s’est fait par hasard » raconte la spécialiste des plantes. « On se suit mutuellement sur les réseaux et Oriane m’a reconnu. Elle m’a alors parlé du projet. Je connaissais bien le jardin pour avoir participé à un cours « carnet nomade » avec l’école municipale d’art. On a donc échangé sur les plantes comestibles présentes comme le plantain majeur, la mauve sylvestre ou la ruine de Rome, petite plante qui pousse dans les murs. » Un échange qui raisonne avec la philosophie d’Oriane : « J’aime souvent mettre en avant ces éléments du quotidien un peu caché que les gens ne voient pas ou plus. »
L’inspiration était trouvée, il fallait maintenant la concrétiser. « J’ai effectué des recherches à partir de cette liste, regardé des photos et lu la symbolique de chaque plante » reprend Oriane. « Par exemple, j’aime beaucoup le plantain qui a un pouvoir de guérison. On le retrouve un peu partout, tout comme la rose trémière, très présente à Boulogne. » Des plantes à la symbolique multiple : « Ce sont des guerrières » insiste Mélanie Lavigne. « Le plantain résiste au piétinement tandis que la rose trémière pousse dans de minuscules interstices de béton. Elles sont très résilientes. »




En complément de ces plantes, apparaissent également des oiseaux. « L’idée qui guide aussi ce mur est la rencontre, les choses qui nous unissent comme la nature et ces éléments que l’on retrouve dans de nombreux endroits différents. J’ai donc ajouté des oiseaux de différentes espèces qui eux aussi semblent échanger. Quand on est dans ce jardin, on les entend toute la journée chanter. Pour choisir quelles espèces j’allai représenter, j’ai demandé à des amis aux caractères très différents quel serait leur oiseau « totem ». On retrouve donc la mésange bleue, la mésange charbonnière, le roitelet, le moineau, le pic épeiche et la huppe fasciée. »
Cette nature magnifiée est complétée « par des touches de vert et un travail important sur les nuances de lumières » continue Oriane. « Aux différentes heures de la journée, il y a des lumières qui viennent apparaitre avec des jeux d’ombre que j’ai voulu reprendre et représenter. J’ai donc mis des petites tâches de blanc dans mon bleu, ce que je ne fais jamais. L’idée est d’être le plus harmonieux possible avec le parc. Enfin, dans le bas, des carreaux dans le style des carrelages anciens rappellent ce qu’on trouve dans les maisons boulonnaises. »




Au final, un magnifique paysage qui se décline sur quatre murs de ce jardin en escaliers qui mène au passage Suzanne.
Forcément, une magnifique expérience pour la jeune artiste boulonnaise. « C’est ma troisième participation au festival après 2018 et 2023. Je suis super heureuse car c’est la première fois que je réalise un mur, seule, et ça met un peu la pression. C’est aussi super de parler avec les autres street artistes qui m’expliquent leur technique comme Guido Van Helten, Manuel Guirao ou Ratur. Tous ont des démarches différentes. C’est vraiment intéressant et ça me donne des idées. »
Pour poursuivre dans cette voie et une démarche qui a changé de dimension grâce au festival. « C’est parce qu’on m’a donné ma chance en 2023 qu’aujourd’hui je me consacre à plein temps à mon travail d’artiste. J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser ce premier mur et ça m’a incité à me lancer seule. Je me suis mise en disponibilité de mon poste de fonctionnaire depuis trois ans et je ne regrette pas le moins du monde mon choix. »
Les habitués du festival non plus, déjà nombreux à venir admirer cette nouvelle création dans le jardin Bucciali.





